INTERVENTION DE JACQUES BOUTAULT
On le sait, le vélo est le moyen de déplacement le moins polluant, le plus efficace car le plus rapide à Paris intra-muros, et en plus c’est bon pour la santé. Encore faut-il que les usagers de la bicyclette puissent pédaler en toute sécurité, c’est à dire : sans entrer en conflit avec les deux roues motorisés et les voitures, et sans pollution de l’air. Car l’air qu’il respire est seul carburant du cycliste en action.
Nous nous félicitons donc de ce programme annuel qui décline concrètement le plan vélo que notre assemblée a adopté en 2010.
Permettez-moi toutefois d’exprimer un regret : le manque d’enthousiasme de la ville à expérimenter le « tourne à droite », malgré les demandes des éluEs EELV. C’est désormais trop tard. En période électorale, le gouvernement, lui n’a pas hésité. L’autorisation au cycliste de tourner à droite au feu rouge sans marquer l’arrêt fait désormais partie du code de la route. Le décret l’autorisant est paru vendredi dernier. Le « tourne à droite » n’a donc plus besoin d’être expérimenté comme la présente délibération le propose. Il faut juste le mettre en œuvre rapidement.
Bien sûr, nous ne nous leurrons pas. Le « tourne à droite » est l’arbre qui masque la foret de lacunes du plan national vélo présenté fin janvier par le ministre chargé des transports. Une indemnité kilométrique pour les déplacements domicile-travail, de la même manière que les automobilistes peuvent se faire rembourser leur consommation de carburant, va être mise en place… bientôt. Quand précisément ? Nul ne sait car cette mesure, bien qu’annoncée à grand renfort de communication est seulement « à l’étude ».
Le ministre chargé des transports a aussi annoncé, mais sans donner de calendrier : « un crédit d’impôt pour l’achat d’un vélo à assistance électrique ». Paris propose déjà cette mesure, pouvant allant jusqu’à 500 euros, aux particuliers acquéreurs d’un tel vélo. A ce sujet, notre ville conserverait sa posture à l’avant-garde si elle proposait d’étendre cette aide à l’achat d’un vélo ordinaire, à propulsion musculaire. Car c’est le seul qui est vraiment vertueux car non polluant, ne consommant pas d’électricité et ne possédant aucune batterie à recycler.
En outre, rien ou très de peu de mesures dans le Plan national vélo sont proposées pour favoriser l’intermodalité et en particulier pour permettre aux usagers de la bicyclette de faire grimper leur engin dans les trains ou les transports en communs.
Mais revenons à la délibération qui nous occupe. Le groupe écologiste se félicite de ce programme annuel. Celui-ci comporte trois volets d’aménagement important pour notre ville : les Berges de Seine, les liaisons interquartiers et la poursuite du réseau structurant.
1 - L’aménagement des Berges de Seine sera mis en œuvre malgré le veto du premier ministre – qui n’a sans doute rien de plus urgent à faire. Mais il semble, si j’ai bien suivi le débat d’hier, que les installations prévues rive gauche ne seront réalisées que dans un délai d’un an. Or, de nombreux aménagements cyclables sont concernés. Ceux-ci ne pourront donc pas être exécutés dans l’année comme nous propose la présente délibération.
Je vous suggère donc de réorienter les sommes allouées à des interventions sur voirie considérées comme urgentes par les associations cyclistes mais qui ne sont pas contenues dans ce programme.
Par exemple, je ne vois pas que figure la création d’une piste cyclable sur les Champs-Élysées. Or, notre Assemblée avait pourtant adopté un vœu demandant la mise en œuvre d’un tel aménagement fort symbolique et pas très onéreux ; celui-ci pourrait être réalisé rapidement avec les économies faites sur les aménagements que nous ne ferons pas cette année Rive gauche. L’aménagement de la rue Amelot ne figure pas non plus dans ce programme alors qu’il est prévu par le Plan vélo.
2 - Les liaisons interquartiers. Elles sont, d’après la délibération, issues des demandes des arrondissement. Je me réjouis de celle qui est prévue dans le 2e, mais outre que ce n’était sans doute pas la plus urgente à réaliser, je vous assure que contrairement à ce que dit la délibération, je n’ai pas été consulté sur ce point.
Mon collège Christophe Najdovski l’a rappelé : la commission municipale des déplacements ne se réunie plus depuis le début de cette mandature. En l’espèce, celle-ci aurait pu valablement se tenir afin de mieux associer les élus aux évolutions de leurs quartiers et recueillir plus finement leurs souhaits et avis.
On pourrait mieux faire en matière de liaison inter quartiers par exemple en retravaillant le lien entre le 3e arrondissement et le 10e arrondissement très problématique lorsque le cycliste qui se trouve sur le réseau vert, rue Saint Appoline, veut poursuivre sa route et traverser le bd Saint Martin pour rejoindre la rue René Boulanger. Aucune mesure correctrice n’est prévue permettant au cycliste de, simplement, respecter le code de la route sur cette portion du réseau vert, ce qui est aujourd’hui impossible sans risquer de renverser un piéton ou de passer sous une voiture.
De même, et là il s’agit de résoudre un problème qui pourrait avoir un jour avoir des conséquences graves. Le quai Henry IV ouvert aux vélos débouche sans coup férir sur la voie Georges Pompidou en direction de Bercy. Le cycliste inattentif ou téméraire se retrouve alors embarqué sur une autoroute urbaine. Sa seule issue consiste alors à descendre de son engin, à se réfugier sur un trottoir et à faire demi-tour pour franchir le carrefour du pont Morland et continuer plus sereinement quai de la Rapée.
Enfin, il est dommage que l’aménagement de la rue Amelot pourtant très attendu par les cyclistes et qui figurait en bonne place dans le plan vélo, ne fasse pas partie du programme qui nous est présenté.
3 - La poursuite du réseau structurant enfin. Telle que proposée dans le schéma d’orientation l’élaboration de ce réseau est effectivement une mesure utile pour assurer une meilleure visibilité aux itinéraires cyclables entre Paris et ses liens avec les communes voisines. Mais encore un regret : le projet oublie deux des axes structurants parmi les plus importants à Paris : le réseau vert, toujours, qui devait relier La Porte de la Villette à la Seine. Or les derniers tronçons notamment, celui qui devait traverser la rue de Rivoli pour rejoindre la Seine, et celui qui atteint le parc de La Villette ne sont toujours pas réalisés.
L’aménagement de la porte de Bagnolet est aussi urgent. Le lieu est particulièrement dangereux car là encore le cycliste qui vient de Bagnolet et veut entrer dans Paris se trouve soudain embarqué à son corps défendant sur l’échangeur, au milieu du flux des véhicules à moteur qui en ce lieu roulent à grande vitesse.
Enfin dernière remarque : prévus par le plan vélo, de nombreux sas vélos sont aménagés aux carrefours, permettant aux cyclistes d’attendre au feu devant les voitures. C’est une très bonne chose. Le problème c’est que ces sas ne sont jamais respectés par les motos et très rarement par les voitures. Celles-ci s’y arrêtent, les rendant inutilisables aux cyclistes. Cette infraction est ignorée par la police. Il conviendrait, monsieur le Préfet de Police (je m’adresse à vous) de rappeler la règle puis de verbaliser. De même je note un accroissement du nombre des véhicules non autorisés dans les couloirs bus vélos – surtout les motos et scooters. Aussi je vous invite monsieur le préfet à ne pas relâcher votre effort et à donner des consignes en ce domaine aux policiers. Vous le voyez madame la maire, si le groupe des élus européens écologistes verts du conseil de Paris approuve cette délibération qui marque tout de même un progrès, ils auraient appréciés – en tant qu’élus, comme en tant qu’usagers quotidien du vélo à Paris - être mieux associés à la programmation annuelle que vous nous proposez.
Car vous l’avez compris, en matière de circulation douce, notre exigence n’a d’égale que notre ambition de bien faire.
INTERVENTION DE CHRISTOPHE NAJDOVSKI
Monsieur le Maire,
Le vélo est le mode de déplacement écologique par excellence : non polluant, peu consommateur d’espace public, rapide, économique et bon pour la santé. Des études ont montré que la pratique régulière du vélo, à raison de 30 minutes par jour, engendre une économie en terme de dépenses de santé de 5,6 milliards d’€ en France, et le secteur économique du vélo représente quant à lui un chiffre d’affaires de 4 ,5 milliards d’€ et 35 000 emplois.
Autant de raisons de soutenir une politique de développement du vélo comme mode de transport urbain à part entière.
Les écologistes soutiennent depuis toujours l’idée que le vélo est un mode de déplacement à part entière, et que les pouvoirs publics doivent encourager sa pratique.
Si des progrès ont été réalisés ces dernières années, avec le développement du réseau cyclable et des évolutions réglementaires encore timides, si le vélo a désormais droit de cité, il n’en demeure pas moins que sa part modale dans les déplacements reste modeste, de l’ordre de 3 % à Paris.
Aussi, il est primordial d’intensifier la politique de développement du vélo en Ville.
En premier lieu, en mettant en œuvre sans tarder les mesures permises par la réglementation.
Remarquons tout d’abord que la mise en place des double sens cyclables dans les zones 30 n’a, contrairement à ce que certains ont pu affirmer, entraîné aucun accident à Paris. Comme nous le disons depuis longtemps, dans une ville apaisée, où la vitesse de circulation est réduite, les différents modes de déplacement peuvent cohabiter sans encombre. Le succès des double sens cyclables démontre la pertinence qu’il y a à réduire la vitesse des véhicules motorisés sur la grande majorité des axes parisiens. Aussi est-ce la raison pour laquelle nous pensons que la Ville de Paris devrait développer encore les voies où la vitesse est limitée à 30km/h, et réserver aux seuls grands axes une vitesse de circulation à 50km/h. Il y a urgence à adopter au niveau national un code de la rue, qui permette notamment aux piétons et aux cyclistes d’être mieux pris en compte dans les déplacements en ville. Gageons que si une nouvelle majorité parlementaire de gauche et écologiste sort des urnes en mai et juin prochains, ces mesures pourront rapidement être mises en œuvre.
Un autre élément important de cette délibération concerne la faculté de pouvoir tourner à droite à certains carrefours. Là encore, nous avons pu voir ici ou là, des personnes s’offusquer de ce que les cyclistes pourraient « griller les feux rouges » de façon tout à fait légale. Il faut tout d’abord rappeler que cette possibilité existe déjà pour les automobilistes avec le tourne à droite voiture signalé par une flèche orange clignotante. Pour les cyclistes, il s’agit de pouvoir tourner à droite, en laissant bien sûr la priorité aux piétons et à la circulation transversale.
Le tourne à droite fait partie de la panoplie des mesures qui favorisent l’usage du vélo, et il a fallu attendre 14 mois pour que le décret d’application de novembre 2010 soit publié au Journal Officiel, il y a tout juste 10 jours. Pour ce qui est de la mise en œuvre du tourne à droite, nous souhaitons que l’expérimentation qui sera menée sur une quinzaine de carrefours dans le 10e arrondissement pourra être rapidement généralisée, puisque le décret d’application le permet désormais. Nous espérons ainsi que Paris montrera son volontarisme en matière de développement de l’usage du vélo, comme le font les villes de Strasbourg et Bordeaux.
Pour ce qui concerne le programme d’aménagements cyclables pour 2012, celui-ci s’inscrit dans la volonté partagée au sein de la majorité municipale de poursuivre sur l’élan de la première mandature, et de mailler le territoire à l’échelle métropolitaine et à l’échelle locale.
Nous notons tout d’abord que l’aménagement des berges de la Seine à Paris sera bloqué par la décision du premier ministre François Fillon, de suspendre le projet sur la rive gauche. Rendre les berges aux piétons et aux cyclistes, valoriser ce site unique inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, cela ne semble pas être la priorité de M. Fillon qui, comme cela a été rappelé ce matin, a une conception très archaïque de l’aménagement urbain.
Pour ce qui est du reste du programme, je souhaite évoquer un point de méthode. Les élus au conseil de Paris s’expriment sur un plan vélo qui a été discuté en amont avec les mairies d’arrondissement et les représentants des usagers du vélo au sein du comité parisien du vélo. Toutefois, nous regrettons qu’il n’y ait plus d’instance comme la commission extra-municipale des déplacements, qui avait été mise en place sous l’ancienne mandature, et qui permettait aux élus du conseil de Paris de participer en amont à l’élaboration des projets. Je dis cela car les amendements que nous proposons pour inscrire tel ou tel itinéraire au plan vélo reçoivent quasi systématiquement une réponse négative de la part de l’exécutif, au motif que le programme vélo est déjà bouclé. Notre assemblée municipale ne dispose que de peu de marge d’intervention sur les projets, ce qui ne favorise pas la qualité du débat démocratique.
Malgré cela, je veux saluer l’effort qui sera mené en 2012 pour développer le réseau cyclable, en partenariat avec la région Ile de France qui finance en grande partie les projets. Nous approuvons notamment les aménagements qui seront réalisés sur les quais hauts en rive droite, et qui permettront de prolonger la piste Seine et de lui donner la cohérence et la continuité indispensables pour relier l’est et l’ouest parisien. Nous avons présenté un vœu pour améliorer le programme et en particulier pour que l’aménagement projeté sur l’avenue de Nogent dans le bois de Vincennes puisse être prolongé jusqu’au Château de Vincennes, et favoriser l’intermodalité avec le métro
Enfin, le développement des liaisons cyclables inter quartiers est indispensable pour renforcer le maillage local et favoriser les déplacements de proximité à vélo. Je suis heureux de voir que la proposition que j’avais faite d’une liaison entre l’avenue Daumesnil et la rue Villiot dans le 12e arrondissement ait été reprise et qu’elle sera matérialisée par un itinéraire cyclable, permettant notamment de désenclaver le quartier Villiot et d’assurer la jonction avec la piste Seine.
Nous approuvons donc ce projet de délibération et vous invitons, monsieur le Maire, à poursuivre dans la voie engagée il y a maintenant 11 ans pour faire du vélo un mode de déplacement qui compte à Paris.



